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Georges Pepermans, Albert I Institute at Brussels, 1961.
© Albert Bontridder, Dialoog tussen licht en stilte (Antwerp: Uitgeverij Helios, 1963).
Renaat Braem, Housing estate at Deurne, Antwerp, 1959.
© Albert Bontridder, Dialoog tussen licht en stilte (Antwerp: Uitgeverij Helios, 1963).
Rem Koolhaas, First-Prize-winning invited competition design for the Zeebrugge ferry terminal, 1989, model.
© Photograph by Hans Werlemann, courtesy of the Office for Metropolitan Architecture.

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Posted 01 Jun 2013

Nederlands

Joost Meuwissen, ‘Construire en Belgique’. Traduit par Alain Kinsella, A+ Architecture en Belgique, 242, juin-juillet 2013 (Brussels: CIAUD ASBL Centre d’Information de l’Architecture, de l’Urbanisme et du Design, 2013), 16.

Construire en Belgique.

Joost Meuwissen

En 1963, Albert Bontridder entame son ouvrage L’architecture contemporaine en Belgique par un chapitre consacré aux ‘considérations navrantes’. Nous nous trouvons dans un pays ‘si hostile à l’architecture’. Pour lui, cet état d’esprit doit être lié au pays et non à l’architecture, celle-ci suivant sagement les règles du Style international. Un modernisme impeccable et un peu guindé défilant telle une impressionnante série de cartes postales moroses où tout se ressemblerait. Une alternance de grandes surfaces et de fenêtres déterminant l’échelle, et donc la distance. Les fenêtres et leurs surfaces vitrées trop petites et bordées de chambranles un peu trop présents s’épuisent dans une confidentialité, voulant représenter l’animation. C’est ce que Victor Bourgeois, en 1958, considérait comme l’‘architecture vivante’. Ça doit vivre. Il faut le dire. Dommage toutefois qu’Albert Bontridder impute à la Belgique la mauvaise réputation de l’architecture plutôt qu’à l’architecture elle-même. Cela serait tombé sous le sens et aurait été plus pratique. Pourquoi mettre en cause la Belgique entière pour expliquer cette mauvaise compréhension de l’architecture? D’ailleurs, cela ne marche pas. Finalement, constate Albert Bontridder, les choses sont pareilles à l’étranger. Même en Amérique, la Mecque du Style international, il faut bien chercher pour trouver de l’architecture de qualité. Elle demeure ‘un joyau caché au cœur d’un quartier résidentiel monotone’. Elle se tapit le plus discrètement possible, comme un espion, aurait dit Rem Koolhaas en 1978, afin de détruire sournoisement la Belgique. Et ça aussi, ça a été un échec.
C’est pourquoi parmi les trois concours choisis comme triptyque par Rem en 1989, parmi la France, la Belgique et l’Allemagne, c’est celui de la Belgique qui est le plus touchant. Comme il se doit, la ‘très grande’ Bibliothèque nationale de Paris est devenue l’icône rationnelle d’un modèle rationnel d’un univers rationnel. Pour le Centre d’Art et de Technologies des Médias de Karlsruhe, il invente le gratte-ciel européen. Jusque là, il n’en existait pas. Par rapport au modèle américain, le gratte-ciel européen se distingue par le fait que chaque étage possède une âme qui le rend différent. L’ingénieur belge Arthur Vierendeel y a considérablement contribué. Grâce à ses poutres échelles de la hauteur de l’étage qu’elles enjambent, il y a une alternance entre les étages avec et sans colonnes. Juste assez de différences pour être Européen. Le terminal de Zeebrugge, par contre, qui n’est toujours pas terminé, où tout un peuple pauvre et misérable s’embarque pour trouver un monde meilleur, ne souffre aucune autre rhétorique que le simple fait d’exister. L’architecture belge existe. Un point c’est tout. Rem cherchait une forme ne ressemblant à aucune autre, ce qui lui a pris beaucoup de temps et d’énergie, pas pour l’originalité ou l’exclusivité, mais simplement pour éviter que quelque chose de comparable survienne entre les deux. Une forme qui ne ressemblerait même pas à elle-même. Entièrement directe. Sans que rien ne s’interpose. C’est ça, la Belgique.

 

 


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belgium

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