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Posted 02 Dec 2000

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Urs Primas, ‘Choix dans le catalogue de l’histoire de l’architecture. Une solution parfaite pour une villa de rêve’. Traduit de l’allemand par Paul Marti, Werk, Bauen + Wohnen, Nr.12, Dezember 2000, 87./54. Jahrgang (Zürich: Verlag Werk AG, 2000), 66-68.

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Choix dans le catalogue de l'histoire de l'architecture.
Une solution parfaite pour une villa de rêve

Urs Primas

Contre I'urbanisation diffuse incontrôlée, la Tendenza tessi­noise avait imaginé une culture architecturale exigeante dont les mes­sages voulaient recréer des “lieux” à partir de contextes détruits. À Amsterdam, One Architecture propose une autre thérapie pour Suburbia. Les espaces bâtis “sauvagement” constituent le départ – et non plus I'ennemi – de projets qui recherchent un tracé cernant chaque indivi­dualisme et hédonisme. La juxtaposition de fonctions, de motifs et de désirs se voit pragmatiquement mise en oeuvre, tant dans les études d'ensemble que dans les objets isolés comme I'agrandissement d'une villa existante près d'Eindhoven. Ainsi, I'annexe placée dans le grand jardin n'est pas un volume autonome, mais une énorme excroissance où motifs et espaces du moderne classique se mêlent librement.

“La pornographie sans suburbanité serait politiquement incorrecte. La suburbanité sans la pornographie se­rait ennuyeuse.” Dans leur texte ‘Por­nography from Suburbia’, Matthijs Bouw et Joost Meuwissen de One Architecture sondent leurs propres travaux en s'appuyant sur les écrits de Michael Speaks, un théoricien de l'architecture américain. Ils y décèlent deux thèmes qu'ils assimilent à deux descriptions parallèles d'un seul et même mouvement: d'une part, la por­nographie comme satisfaction de dé­sirs en dehors des règles formelles, de la convenance et de la discipline. D'autre part, la suburbanité comme lieu autorisant des modes de vie indi­vidualisés et, par opposition à la ville du XIXe siècle organisée de manière linéaire, comme un ensemble discon­tinu de points et de surfaces.
Nous sommes par conséquent en présence d'une double stratégie de projet. D'une part, des éléments simples traduisent le plus directement possible les désirs qui sont associés à un projet. D'autre part, la relation entre ces différents “points” définit un système ouvert, un champ. Citons l'exemple du masterplan pour Max­glan près de Salzbourg. Ce projet or­ganise I'ensemble du territoire non pas au moyen d'une forme nouvelle, inventée. Au contraire, il dérive des formes de besoins spécifiques et de désirs exprimés par les acteurs locaux. Le point de départ réside dans le réta­blissement et dans la différentiation des “beaux éléments préexistants.” Une rencontre entre les architectes et les habitants de Maxglan révéla que ces derniers étaient au fond satisfaits de la morphologie aérée et désor­donnée de leur quartier et qu'ils ne voulaient rien de nouveau. Par conséquent, le plan de Matthijs Bouw et Joost Meuwissen laisse en quelque sorte les choses en l'état. Toutefois, il révèle et met en avant certaines possibilités inscrites dans la configuration ouverte de la périphérie.
Bouw et Meuwissen avaient adopté une attitude similaire dans leur première réalisation, une extension d'une villa construite il y a quinze ans dans le style des maisons de campagne françaises. Il
s avaient commencé par soumettre aux maîtres de l'ouvrage un catalogue de villas célèbres construites durant les cinq derniers siècles. La fa­mille a pu choisir sa villa de rêve parmi des réalisations de pointes allant de Palladio à Koolhaas. Dans ce cas également, le point de départ du projet n'était pas une forme inventée par les architectes, mais la mise en forme des préférences et des désirs secrets des maîtres de l'ouvrage. Les auteurs sont en effet convaincus que l'histoire de l'architecture apporte toujours une solution. Son actualisation permet à chaque fois de résoudre leur problème. Dans le cas présent, la famille porta son choix sur la Farnsworth House de Mies van der Rohe en raison de la générosite et de la fluidité de son ar­chitecture mais avant tout aussi pour la relation entre le séjour surélevé et le jardin. Ce jardin, les propriétaires n'ont cessé de l'agrandir depuis la construction de la première maison et ce en acquérant les parcelles avoisi­nantes. One Architecture a intégré l'image de Mies dans la villa kitsch.
Du Farnsworth House a été conservée en particulier la plate-forme surélevée qui se prolonge comme une scène dans le jardin. One Architecture maintient également I'ouverture et la générosité des espaces. Étendues aux parties préexistantes, elles ôtent à la villa son conformisme et sa petitesse. Hormis ces quelques éléments, l'icône du mouvement moderne n'est toute­fois plus reconnaissable, elle se fond dans la banalité suburbaine. La salle de bain et le sauna encadrent presque symétriquement la façade de près de
20 mètres de long, vitrée et dotée de portes coulissantes. L'encadrement supérieur définit un entablement clas­sicisant en acier inoxydable. La plate-­forme de l'habitation ne plane pas au­dessus de la nature, mais s'insère au contraire à la manière d'un socle dans le jardin. L'interprétation de la villa Farnsworth dans un esprit proche de Schinkel révèle un aspect présent de manière latente dans l'oeuvre de Mies: la contamination du moderne par le classique. Dans le cas présent, il s'agit “pas tellement de l'inscription dialec­tique du classique dans la modernité mais d'une limitation ou d'un dépas­sement du classique.”
En référence à Mies, l'intérieur est conçu comme une configuration ouverte d'éléments indépendants.
Les auteurs développent toutefois aussi un autre thème qui ne participe pas de la “grande harmonie” du maître de l'architecture moderne. Ils ne conçoivent pas les éléments de manière unitaire mais comme des fragments issus de différents langages architecturaux. Ils reprennent littéralement les parois coulissantes entre les pièces de séjour et les chambres à coucher de la Mai­son Linthorst d'OMA à Rotterdam. La topographie du sol dans la salle de bain se réfère à l'architecture définie par des moyens informatiques de Lars Spuy­broek. Matthijs Bouw et Joost Meu-

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wissen recourent donc a des citations qui constituent pour eux des solutions préexistantes qui s'avèrent parfaite­ment adaptées aux problèmes spéci­fiques de leur projet. Ils se distinguent en cela de l'architecture postmoderne dans laquelle la citation vient conférer à la réalisation une strate de significa­tion supplémentaire. À l'image du paysage dans le masterplan de Salzbourg, l'espace fluide de Mies permet à ces objets fondamentalement différents de se développer indépendamment les uns des autres et de s'influencer réci­proquement. Ce faisant, les architectes évitent toute uniformisation des élé­ments indépendants, tout élément d'ordre récurent. Aucun poteau n'arrête ainsi la paroi coulissante qui donne accès aux chambres à coucher. Son immense brosse s'adosse directe­ment à la façade vitrée. Le poteau aurait uni la façade vitrée et la paroi coulissante. Il en aurait fait des élé­ments d'un système, d'une architec­ture d'intérieur, divisant les longs espaces en chambres à coucher et pièces d'habitation.
Mies aspirait à “une grande har­monie au niveau du parti architectural comme du détail le plus infime.” Il envisageait les détails comme des moyens de clarifier le parti. Au Lake­shore Drive, il appliqua ainsi ses célèbres profils “decoratifs” en I à l'extérieur des tours afin de conférer une qualité expressive à la construc­tion. One Architecture compose en re­vanche son couronnement classicisant à partir de gadgets techniques qui sont aujourd'hui indispensables à une terrasse – chauffage à rayonnement, lampes à ultraviolets contre les mous­tiques et un immense store assurant la protection solaire. Le mixage de One Architecture retourne complète­ment l'idéalisme de Mies – du parti jusqu'aux détails. “À la différence d'autres films érotiques, les films pornographiques frappent par le réalisme absolu de leur technique cinématogra­phique. Aucune lumière tamisée. Ils en viennent directement au fait. Le spectateur reçoit directement ce qu'il veut.”

Voir le projet intégral

Lire le commentaire par l´architecte

Lire le commentaire par Bénédicte Grosjean


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